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Prévention des blessures en course à pied

HISTOIRE & INTRODUCTION

La course à pied reste l’un des moyens les plus populaires pour les Américains de se mettre en forme. Selon les estimations, 10 à 20 % des Américains courent régulièrement. Des événements historiques importants ont contribué à populariser la course à pied. Le livre à succès du Dr Kenneth Cooper, Aerobics, publié pour la première fois en 1968 a initié un changement radical dans la théorie sur la façon dont les gens peuvent atteindre plus efficacement un niveau de forme physique élevé1. Son travail avec des stagiaires de l’armée de l’air américaine a démontré que les programmes de remise en forme aérobie permettaient d’entraîner plus rapidement et plus efficacement les cadets (élèves officiers) de l’armée de l’air. Avant sa publication, on estimait qu’il n’y avait que 100’000 coureurs réguliers aux États-Unis. Après le livre de Cooper, les militaires et de nombreuses personnes ont construit leurs programmes de base de remise en forme autour de la course à pied.

En 1972, Frank Shorter a remporté le marathon olympique à Munich. Cette victoire a inspiré la course à pied à la population et a entraîné une croissance rapide de la participation à différents marathons. Alors que la plupart des grands marathons des années 1960 comptaient moins de 1’000 concurrents, aujourd’hui, les grands marathons enregistrent plus de 30’000 concurrents. Un autre facteur qui a alimenté le “boom de la course” a été la publication du livre complet de la course à pied par Jim Fixx en 19772. Ce livre est devenu un guide pratique pour les personnes qui souhaitent devenir coureurs. Ce livre à succès est toujours publié aujourd’hui et de nouveaux programmes d’entraînement, tels que la méthode Galloway et les écoles de course Team in Training, ont amené un grand nombre de personnes à courir.

Il est prouvé que la course à pied est l’un des moyens les plus efficaces d’atteindre une bonne condition physique et de promouvoir l’exercice à long terme, et il est tout aussi prouvé qu’il existe un lien entre la condition physique et la longévité. Des compétiteurs de tous âges participent à cette activité ; après 10 ans, 56 % d’entre eux courent encore et 81 % font de l’exercice régulièrement3. Le principal problème de la course à pied reste le taux élevé de blessures. Les chiffres généralement acceptés suggèrent qu’environ 50 % des coureurs se blessent chaque année et que 25 % se blessent à tout moment.

Compte tenu du risque élevé de blessure, la prévention des blessures en course à pied est une question importante pour la médecine sportive et les soins de santé généraux. Les Personal Trainers (PT) qui prennent en charge des clients coureurs doivent absolument acquérir des connaissances sur des données probantes (« evidence-based practice ») afin d’entraîner au mieux leurs clients et de diminuer le risque de blessure par un coaching approprié.

 

FACTEURS DE RISQUES

Une méta-analyse donne un aperçu des facteurs généraux connus sur les blessures en course à pied4. Les auteurs ont relevé les éléments suivants :

  • L’incidence annuelle des blessures liées à la course à pied sur longue distance est élevée, avec une variabilité de 19,4 % à 79,3 %. Le site prédominant de ces blessures était le genou.
  • Le fait de courir beaucoup de kilomètres par semaine chez les coureurs masculins est un facteur de risque.
  • Les antécédents de blessures antérieures prédisposent à des blessures ultérieures.
  • L’augmentation du nombre de kilomètres d’entraînement par semaine semble protéger contre les blessures au genou.

Il existe également un essai contrôlé qui a cherché à déterminer l’incidence des blessures en course et leurs causes probables. Dans cette étude, 115 coureurs ont été suivis pendant 18 à 20 mois. Au cours de l’étude, 85 % des coureurs ont subi une blessure suffisamment importante pour manquer 1 jour d’entraînement. Le kilométrage supérieur à 64km/semaine était le facteur le plus important associé aux blessures avec un risque relatif (RR)* de 2,88. La course quotidienne et la distance de la course à pied étaient peut-être liées à l’apparition de la blessure. Le deuxième facteur identifié est un historique de blessure au cours des 12 derniers mois. Ces personnes présentaient un RR de 1,51 de nouvelles blessures.6

* Le risque relatif est le rapport du risque dans le groupe traité sur celui du groupe non traité.5

Comme il existe très peu de données basées sur des essais contrôlés de coureurs, ces conclusions n’expliquent qu’une partie des variables complexes qui déterminent pourquoi certains individus peuvent apparemment s’entraîner pendant des années à un kilométrage très élevé sans se blesser, alors que d’autres développent des blessures répétées même s’ils n’atteignent jamais un kilométrage supérieur à 25-32km par semaine. Cet article développe les facteurs individuels qui ont été impliqués comme déclencheurs possibles de blessures en course à pied. Il s’agit notamment des variantes anatomiques de chaque coureur, des facteurs biomécaniques qui affectent la forme de la course, de l’utilisation d’orthèses et de différentes chaussures, des erreurs d’entraînement et du kilométrage total de course, de la musculation et de la faiblesse musculaire, de l’échauffement, des étirements, des erreurs nutritionnelles et des facteurs psychologiques.

Facteurs anatomiques et blessures en course

Quelques facteurs anatomiques spécifiques apparaissent systématiquement dans la recherche sur les blessures en course. Les pieds creux ou cavus ont un impact plus important dans les études sur les plaques de force et sont souvent plus rigides. Le pied creux est caractérisé par l’accentuation de la concavité plantaire avec rapprochement des appuis plantaires antérieur et postérieur. De nombreuses études indirectes et certaines études spécifiques ont établi un lien entre les pieds cavus et un risque de blessure plus élevé. Dans une étude de cohorte portant sur 70 coureurs souffrant de douleurs antérieures au genou ou asymptomatiques, Duffey et coll. ont constaté que le groupe de coureurs blessés présentait une pronation inférieure de 25 %. Les meilleurs prédicteurs de la douleur au genou dans cette étude étaient une pronation moindre dans les premiers 10 % de la phase d’appui, la hauteur de la voûte plantaire et le kilométrage parcouru avec la chaussure7. La plupart des personnes ayant les pieds cavus présentent une supination à la démarche. Dans un essai prospectif, les facteurs anatomiques se sont révélés de mauvais prédicteurs du syndrome fémoro-patellaire (SFP), à l’exception du varus (dévié en dedans8) du genou et de la supination de l’avant-pied, qui sont tous deux souvent associés aux pieds cavus9. Cette étude a confirmé les conclusions d’une étude comparative antérieure portant sur 15 patients atteints du SFP et 15 sujets témoins, qui a montré que le groupe de blessés présentait un varus de l’arrière-pied plus important10 (voir figure 11)11. Un autre essai prospectif sur des recrues militaires a révélé que, sur 84 cadets, 36 ont développé une SFP. L’analyse de la démarche a révélé que le groupe de blessés présentait des schémas de pression plantaire et de poussée, démontrant tous deux une supination. Ces études qui établissent un lien entre la pronation, la supination, le genou varus, le varus du pied arrière et la blessure suggèrent toutes une association avec la forme du pied cavus, bien que cela n’ait pas été directement mesuré12. Le risque de blessure plus élevé est cohérent avec les études sur les modèles de pression plantaire, qui montrent que les modèles de charge de l’avant-pied sont significativement plus élevés chez les personnes ayant un pied creux13

 

Retrouvez l’article complet et bien d’autres dans notre numéro 18