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L’entraînement en résistance comme mesure essentielle pour lutter contre les maladies chroniques liées à l’âge

INTRODUCTION

Les maladies cardiovasculaires (MCV), le cancer, les maladies pulmonaires obstructives chroniques et le diabète de type 2 (DT2) sont les principales causes de morbidité et de mortalité chez les adultes âgés de 65 ans et plus1,2. Le vieillissement est également le principal facteur prédictif des troubles de la mobilité, qui peuvent aggraver le risque de toutes les maladies chroniques susmentionnées. L’incapacité de parcourir 400 m à pied tend à être associée à un risque plus élevé de mortalité et de maladies cardiovasculaires accidentelles et, après avoir tenu compte des facteurs de confusion potentiels, elle est associée à une limitation de la mobilité et à un handicap moteur3. Des agents pharmacologiques sont fréquemment prescrits pour traiter ou retarder la progression des principales maladies chroniques chez les personnes âgées à mobilité réduite, mais ne seront pas discutés dans ce numéro, car c’est le devoir du médecin. Le vieillissement de la population mondiale a entraîné une augmentation concomitante du nombre de personnes atteintes de maladies chroniques liées à l’âge et de personnes à mobilité réduite. Il n’existe actuellement aucune intervention pharmaceutique multiconditionnelle peu coûteuse et largement applicable, présentant un faible profil d’effets secondaires et atténuant le risque de toutes les maladies chroniques courantes tout en réduisant le risque de déclin de la mobilité. L’exercice physique régulier peut atténuer de manière variable la réduction de la mobilité physique liée à l’âge et réduire le risque de maladie chronique dans une mesure appréciable.

Le déclin progressif de la masse et de la force des muscles squelettiques avec le vieillissement est collectivement appelé sarcopénie, et fait l’objet d’un pronostic de handicap moteur4 et de risque de maladie chronique5. L’activité physique régulière (définie ici comme tout mouvement corporel produit par les muscles squelettiques qui nécessite une dépense d’énergie. L’activité physique désigne tout mouvement, y compris pendant les loisirs, pour se rendre à des lieux et en revenir, ou dans le cadre du travail d’une personne6) et l’exercice (activité physique planifiée, structurée et répétitive7) sont les pierres angulaires de la prévention primaire des maladies chroniques5 et aussi de l’atténuation du risque d’incapacité de mobilité chez les personnes âgées8,9.

L’entraînement de résistance (ER) et l’entraînement aérobique (EA) sont des modalités d’exercice qui sont traditionnellement conceptualisées comme existant aux extrémités opposées d’un continuum d’exercice en termes de phénotypes auxquels elles mènent. Une idée fausse courante est que l’ER et l’EA ont également des effets bénéfiques distincts sur la santé, mais nous pensons qu’il s’agit d’un artefact du plus grand volume de données qui existe actuellement pour l’EA par opposition à l’ER. Actuellement, la plupart des directives en matière d’activité physique conseillent, comme principal message, que les personnes âgées effectuent au moins 150 minutes d’AE modérée à vigoureuse ou 75 minutes vigoureuse par semaine pour réduire le risque de maladie chronique et maintenir les capacités fonctionnelles10-12. Ces institutions recommandent également d’ajouter une activité de renforcement musculaire d’intensité modérée à élevée au moins deux jours par semaine.

De nouvelles données semblent indiquer que l’ER peut être aussi efficace que l’EA pour réduire le risque de maladie chronique et qu’il est particulièrement efficace pour maintenir la mobilité des personnes âgées13-15. Par exemple, dans une étude l’ER a été associé à un risque nettement plus faible de DT2, indépendamment de l’EA. La combinaison de ces deux modalités d’entraînement a apporté un plus grand bénéfice14.

L’objectif de cet article est de fournir une analyse actualisée, fondée sur des données probantes, de l’efficacité de l’ER dans la lutte contre le risque de maladies chroniques (handicap de mobilité, DT2 et MCV) chez les personnes âgées. Pour atteindre cet objectif, nous résumons des données provenant principalement de l’homme. Le cancer ne fait pas l’objet d’un chapitre dans ce numéro, car la complexité de cette pathologie demande un numéro séparé.

 

ENTRAÎNEMENT EN RÉSISTANCE ET MOBILITÉ PHYSIQUE

Les preuves de plus en plus nombreuses issues des revues systématiques16, des méta-analyses17,18 et des revues générales19 montrent de manière convaincante que les interventions en matière d’exercice physique combinant l’ER et l’EA sont les plus efficaces pour lutter contre le déclin de la mobilité physique lié à l’âge. Les interventions d’entraînements à plusieurs composantes, de longue durée (≥5 mois), effectuées trois fois par semaine, à raison de 30 à 45 minutes par séance, ont généralement eu des résultats supérieurs aux autres programmes d’exercices16. D’autres études citent que le programme optimal reste flou (par rapport à quelles caractéristiques de l’exercice (type, fréquence, durée)17,18.

Villareal et ses collaborateurs (2017) ont démontré que les adultes âgés obèses à mobilité réduite qui ont suivi un entraînement combiné (ER et EA) ont amélioré les mesures objectives et subjectives de leur capacité fonctionnelle plus que les personnes qui ont suivi uniquement un ER ou un EA. Comme c’est souvent le cas dans ces essais cliniques, le groupe ayant suivi un entraînement combiné (ER plus EA) a effectué un volume d’exercice plus important que les groupes ayant suivi l’une ou l’autre de ces modalités uniquement, ce qui a probablement faussé les résultats8.

Les données regroupées de 33 essais contrôlés randomisés ont montré que la pratique de l’ER entraînait une amélioration statistiquement significative de la fonction physique, y compris l’amélioration de la force et de la performance de certaines activités simples et complexes20. Une récente méta-analyse menée par Hortobagyi et coll. (2015) a révélé des améliorations similaires de la vitesse de marche chez des adultes âgés en bonne santé effectuant soit l’EA soit l’ER21.

Lorsqu’on les examine collectivement, les données probantes suggèrent que l’ER peut jouer un rôle fondamental dans l’amélioration et/ou le maintien d’une mobilité fonctionnelle au moins égale à celle qui est attribuable à l’EA, chez les personnes âgées.

Les mécanismes sous-jacents par lesquels l’ER atténue le déclin des fonctions physiques des personnes âgées sont probablement multiples. Cependant, une faible masse, une faible force musculaire et une plus grande infiltration de graisse dans le muscle sont associées à un mauvais fonctionnement physique22 et prédisent une future déficience de mobilité chez les personnes âgées4. L’ER est un puissant stimulant pour l’hypertrophie des muscles squelettiques et l’augmentation de la force. Une méta-analyse contenant 49 essais contrôlés randomisés a conclu qu’après une moyenne de 20,5 semaines d’ER, les adultes âgés ont gagné 1,1 kg de masse maigre24. L’ER (seule ou dans le cadre d’un programme d’entraînement combiné) a permis d’améliorer les gains de force chez les personnes âgées fragiles plus que les programmes d’exercice combinés sans ER. L’ER progressif sur tout le corps (2 séries de 65-85% d’une répétition maximum [1RM]) 3 fois par semaine pendant 6 mois a atténué les pertes de densité minérale osseuse (DMO), de masse maigre et de force musculaire chez les participants obèses et fragiles dans une plus large mesure que l’entraînement combiné ou l’EA (jogging/course pendant 60 minutes à 65-85% du pic de fréquence cardiaque [FCpeak]8. En revanche, l’EA seule est inefficace pour induire des augmentations comparables de la masse et de la force des muscles squelettiques, à la fois au niveau du muscle entier et des myofibres24. En outre, l’ER peut améliorer la fonction neurologique (c’est-à-dire l’augmentation de la motricité centrale, l’élévation de l’excitabilité du motoneurone et réduction de l’inhibition présynaptique25), psychologique (c’est-à-dire l’auto-efficacité et la motivation intrinsèque26), et/ou cardiovasculaire (c’est-à-dire le nombre maximal des accidents vasculaires cérébraux27) – tous ces éléments ayant été supposés contribuer à la performance des muscles squelettiques chez les personnes âgées28. Ainsi, il n’est pas surprenant que l’ER exerce des effets bénéfiques sur la fonction physique chez les personnes âgées – indépendamment du fait qu’une hypertrophie musculaire soit observée – par le biais de facteurs extrinsèques aux muscles squelettiques. Des travaux supplémentaires sont nécessaires pour identifier le mécanisme dominant par lequel l’ER peut combattre les troubles de la mobilité.

Bien qu’un ER de forte intensité (≥70% de 1RM) soit généralement plus efficace qu’un ER d’intensité faible à modérée (30-69% de 1RM) pour lutter contre la diminution de la mobilité29, l’hétérogénéité des études permet difficilement de conclure avec un degré élevé de certitude quant à l’intensité optimale de l’ER. Il convient de noter que l’ER pour lequel le poids du corps est utilisé comme résistance et pour lequel les activités de la vie quotidienne sont simulées (par exemple le squat) peut améliorer les indices de fonction physique chez les personnes âgées dans une mesure similaire à l’ER classique (nécessitant des charges externes)30. Les programmes d’exercices à plusieurs composantes (comprenant l’ER, l’EA et l’entraînement à l’équilibre combinés) semblent être la meilleure stratégie pour atténuer le déclin de la mobilité physique17,19,29,31.

 

ENTRAÎNEMENT DE RÉSISTANCE ET DIABÈTE DE TYPE 2

Une des caractéristiques du vieillissement est la détérioration progressive de la sensibilité à l’insuline de l’ensemble du corps et l’altération du contrôle glycémique qui en résulte32 et qui prédispose les personnes âgées au DT2. Le DT2 est le lien entre l’insulinorésistance et l’altération de la fonction des cellules β-pancréatiques33, et est l’une des maladies métaboliques les plus répandues chez les personnes âgées (Statistique Canada, 201634). Chez les personnes âgées, l’absorption périphérique de glucose dans les muscles squelettiques est altérée et l’incapacité du pancréas vieillissant à produire et à sécréter suffisamment d’insuline pour amortir la résistance dans les tissus périphériques et hépatiques conduit au DT232.

Étant donné qu’une grande partie du glucose est déposé dans les muscles squelettiques pendant les périodes postprandiales35, la perte de masse musculaire et celle de la qualité métabolique des muscles avec l’âge sont considérées comme les principaux facteurs de résistance à l’insuline et de développement du DT2 chez les personnes âgées36. Des données épidémiologiques démontrent une relation inverse entre la masse maigre et la résistance à l’insuline, un effet qui semble indépendant de l’obésité chez les personnes âgées37, mais qui est exacerbé par celle-ci38. La diminution de la force musculaire et la réduction progressive de la mobilité avec l’âge entraînent probablement une réduction de l’activité physique quotidienne, ce qui suffit à induire un dysfonctionnement métabolique39.

Les interventions sur le mode de vie sont sans doute les stratégies thérapeutiques les plus efficaces en termes de prévention et de gestion du diabète. Le programme de prévention du diabète (DPP) a démontré que les modifications du mode de vie (c’est-à-dire le régime alimentaire et l’exercice physique) étaient associées à une plus grande réduction (58 contre 31 %) de l’incidence du DT2 par rapport à la metformine40 – la thérapie de première ligne actuelle pour le DT2 (American Diabetes Association, 201441). Il est toutefois important de noter que le DPP s’est concentré sur l’EA sans tenir compte des effets bénéfiques de l’ER sur le contrôle de la glycémie. Des données intéressantes de Davy et coll. (2017) ont démontré qu’après seulement 3 mois (2×/semaine) d’ER progressif et supervisé sur l’ensemble du corps (1 série fixée à 70-80% 1RM), ~34% des personnes âgées prédiabétiques en surpoids ou obèses ont atteint une tolérance normale au glucose42. Ces résultats ne sont pas isolés et, lorsqu’ils sont considérés collectivement (Zachwieja et coll.43 ; Iglay et coll.44), ils confirment l’efficacité de l’ER pour améliorer le contrôle de la glycémie chez les adultes âgés. Une analyse portant sur environ 32 000 hommes âgés de 40 à 75 ans, réalisée dans le cadre de l’étude sur les professionnels de la santé, a montré que les hommes qui participaient à un programme d’ER d’au moins 150 minutes par semaine présentaient un risque de diabète inférieur de 34 % sur une période de 18 ans14. De manière intéressante, des estimations dérivées de modèles prédisent qu’une réduction du risque de cette ampleur (~30 %) permettrait d’économiser ~1,5 milliard de dollars en dépenses de santé45.

Il existe de bonnes raisons et des données à l’appui d’un rôle pour l’ER dans la prévention et le traitement de l’insulinorésistance chez les personnes âgées. Toutefois, on ne sait pas encore très bien quelle variable d’ER est la plus étroitement liée aux améliorations du contrôle de la glycémie chez les personnes atteintes de DT2. Ces travaux justifient que les adultes âgés atteints de DT2 (ou à haut risque de développer une DT2) devraient simplement se concentrer sur la réalisation de l’ER sans avoir à se soucier de l’intensité de l’exercice dans un premier temps. La résolution de l’hyperglycémie et de l’hyperinsulinémie chez les personnes âgées dont le métabolisme est compromis par l’exercice physique permet non seulement de prévenir la pathogénie du DT2, mais aussi les complications microvasculaires qui y sont associées et qui, si elles ne sont pas atténuées, sont les précurseurs d’un certain nombre de comorbidités chez les personnes atteintes de DT2.

Le Personal Trainer (PT) doit, en fonction des connaissances acquises ici, opter pour les meilleures stratégies d’individualisation afin d’améliorer l’adhésion au protocole d’entraînement pour ses clients-patients.

 

ENTRAÎNEMENT EN RÉSISTANCE ET MALADIES CARDIOVASCULAIRES

L’EA réduit le risque de maladies cardiovasculaires et de mortalité46, et a donc été au centre des interventions sur le mode de vie visant à diminuer ces évènements. Cette observation n’est pas surprenante étant donné que l’amélioration de la capacité cardiorespiratoire – une adaptation caractéristique de l’EA – est inversement associée au risque de MCV et à la mortalité de toutes causes47. La masse et la force musculaires sont également associées de manière indépendante au risque de MCV et à la mortalité48,49, et pourtant l’ER est généralement beaucoup moins mise en avant en tant que modalité d’exercice réduisant le risque de MCV, comparé à l’EA.

Un suivi de l’étude « Health Professional » a démontré que l’ER pendant au moins 30 minutes par semaine entraînait une réduction du risque similaire à celle obtenue par une marche rapide de 2,5 heures en cas d’infarctus du myocarde mortel ou non15. Une analyse récente de l’étude « Women’s Health » a montré que les femmes pratiquant 60 à 120 minutes d’ER par semaine présentaient un risque réduit de 22% de MCV par rapport aux femmes pratiquant 60 à 120 minutes d’EA par semaine50.

Notre analyse nous amène à proposer qu’il existe de bonnes preuves du rôle de l’ER dans le maintien de la santé cardiovasculaire et, là encore, il est probable que ce rôle soit d’une ampleur comparable en termes de réduction des risques à celui de l’EA. En ce qui concerne l’intensité de l’exercice nécessaire pour exercer des effets bénéfiques sur les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires, les preuves démontrent que l’augmentation de l’intensité de l’ER ne présente qu’un avantage supplémentaire limité. En effet, un ER d’intensité faible à modérée (30 à 69 % de la 1RM) entraîne des améliorations similaires de la pression artérielle51. Une étude a démontré que l’entraînement en résistance d’intensité supérieure (80-90% 1RM ) a été plus efficace pour réduire le fibrinogène plasmatique et augmenter les taux plasmatiques de HDL que l’entraînement en résistance modérée (45-55% 1RM)52.

Il est donc admis que l’ER d’intensité faible à modérée (30 à 69 % de 1RM) est sûre et efficace même chez les personnes souffrant de MCV ou risquant de développer une MCV…

 

Retrouvez l’article complet et bien d’autres dans notre numéro 31