Sélectionner une page

Profils de latéralité motrice dans l’exécution de mouvements complexes : Concepts théoriques

 

INTRODUCTION

Notre corps est capable de se déplacer dans toutes sortes d’environnements grâce à la dominance hémisphérique qui, lorsqu’elle est liée à l’orientation dans des contextes spatiaux, façonne notre utilisation de la latéralité en ce qui concerne nos membres. Ainsi, le corps humain est anatomiquement symétrique (bilatéral), mais fonctionnellement asymétrique (contralatéral), en fonction des besoins de mouvement et des circonstances contextuelles1. Ces circonstances donnent lieu à des utilisations contralatérales différentes des deux côtés du corps, effectuées principalement par les membres lors de l’exécution d’actions motrices qui définissent nos profils personnels de latéralité motrice. Ces dernières années, un nombre croissant d’études ont mentionné la latéralité en relation avec des facteurs techniques, comportementaux, physiques et tactiques dans les sports2, mais sans approfondir ce sujet ni proposer d’outils spécifiques.

 

RICHESSE DES CAPACITÉS MOTRICES ET UTILISATIONS DE LA LATÉRALISATION

La latéralité du corps est à la base de toutes les habiletés motrices qui permettent la richesse des mouvements dans les situations quotidiennes ainsi que dans des contextes spécifiques tels que le sport3. En effet, la latéralité ne doit pas être réduite au droitier ou au gaucher, car il est clair que le corps effectue des utilisations spécifiques et personnelles de la latéralisation, définissant ainsi une gamme variée de profils de latéralité motrice. Des recherches plus approfondies sur les termes de latéralité pourraient contribuer à améliorer la performance motrice dans tous les types de mouvements impliquant des habiletés motrices de base, spécifiques et spécialisées, y compris les aspects mécaniques d’une technique4 – la façon dont l’habileté est exécutée en termes de détails cinétiques et cinématiques du mouvement impliqué5. Les racines des habiletés motrices fondamentales – locomotrice, stabilité et manipulation6 – se trouvent dans la contribution phylogénétique*8 et leurs caractéristiques singulières dépendent de l’ontogenèse**9, chaque individu étant orienté de manière optimale pour s’adapter à des environnements à multiples facettes8 tels que le contexte complexe et dynamique du sport.

* « Histoire évolutive des espèces (opposé à ontogenèse). »7

** « Développement de l’individu, depuis la fécondation de l’œuf jusqu’à l’état adulte (s’oppose à phylogenèse). »7

Compte tenu du dynamisme et de la nature complexe des sports, les profils de latéralité motrice détectés à l’aide d’outils spécifiques sont intéressants dans le but d’optimiser la performance des athlètes lors de mouvements complexes10, qui sont construits sur des actions intentionnelles complexes11. La latéralité fait non seulement référence à la préférence gauche-droite12, mais aussi à la façon dont un athlète oriente son corps dans l’espace10. À cet égard, une recherche antérieure liée au football a démontré que Lionel Messi – un gaucher – est un bon exemple de latéralité, étant donné qu’il a obtenu certains de ses meilleurs résultats en jouant sur l’aile droite. Cette étude a montré que Messi « a tendance à occuper le milieu de terrain et l’aile droite plus souvent que les autres parties du terrain lorsqu’il se dirige vers le but, car cela lui offre logiquement un meilleur angle pour tirer du pied gauche » (Castañer et coll., 2016a, p. 8)6. Bien que la richesse et la diversité des sports soient dues à la grande complexité des mouvements corporels des athlètes et des contextes dans lesquels ils se produisent, la recherche générale a présenté certaines failles : (a) le manque d’outils pratiques spécifiques pour observer et détecter un plus large éventail de profils de latéralité motrice ; (b) la simplification du large éventail de profils droite-gauche et d’ambidextérité*** ; et (c) l’absence de prise en compte de facteurs fondamentaux tels que l’orientation spatiale et les fonctions complémentaires de soutien postural et de précision gestuelle des membres.

*** « Possibilité d’utiliser l’une ou l’autre main selon le geste considéré. »13

 

MAÎTRISER LA SYNERGIE CORPORELLE CONTROLATÉRALE : FUSIONNER LA PRÉCISION GESTUELLE ET LE SOUTIEN POSTURAL

Des études spécifiques de la fin des années 1980 ont noté que la latéralité est décrite dans un contexte bilatéral dans lequel le rôle d’un membre est d’exécuter une action tandis que le rôle de l’autre membre est d’établir une stabilisation posturale14. En termes de conceptualisation motrice plus détaillée, il est appelé ces deux rôles respectivement précision gestuelle et soutien postural. Il est essentiel de distinguer ces deux fonctions assurées par des membres travaillant harmonieusement ensemble en synergie contralatérale et sous-tendant un profil de latéralité motrice particulier.

Malgré l’abondante littérature scientifique relative à la latéralité, les fondements conceptuels des éléments constitutifs des actions motrices (par exemple, les habiletés motrices, les capacités perceptuelles et de conditionnement, la technique et la tactique) qui sous-tendent la latéralité sont peu abordés. Ainsi, la précision gestuelle et les fonctions de soutien postural reposent sur la structure diversifiée – et en même temps bilatérale – de notre corporéité, qui nous permet de générer simultanément des gestes corporels (dynamisme) et des postures (statique)6. En fait, les séquences posturales sont imbriquées dans chaque geste corporel15.

L’optimisation des actions motrices passe par la maîtrise des pratiques d’activité physique et, par conséquent, par une utilisation efficace de la latéralité, la synergie corporelle controlatérale mentionnée plus haut jouant un rôle clé. Cela est clair chez les athlètes d’élite tels que Rafael Nadal, qui s’est entraîné à inverser sa préférence manuelle innée afin d’obtenir un avantage sur ses adversaires16, et Lionel Messi, qui, bien que gaucher, signe ses contrats de la main droite17. Dans des recherches précédentes, nous avons vu le rôle joué par la latéralité dans les extraordinaires performances de Messi en tant que buteur6. Par exemple, son virage à droite, dos à la ligne du but rivale, était directement lié à l’utilisation de sa jambe gauche. Tout en restant stable sur sa jambe droite, il tourne son corps, permettant ainsi à sa jambe gauche d’effectuer des actions précises. Dans une étude, qui comparait les capacités motrices de Messi et de Cristiano Ronaldo, le terme de maîtrise de la synergie latérale a été utilisé pour désigner la capacité d’un athlète à combiner la précision de son membre dominant avec la stabilité offerte par l’autre membre, non dominant18.

 

DOMINANCE DES MEMBRES ET ORIENTATION SPATIALE

En ce qui concerne la dominance des membres, la littérature scientifique a montré que les tests utilisés pour évaluer la latéralité présentent certaines faiblesses19,20, notamment ; (a) une différenciation insuffisante entre les actions de précision dominantes (par exemple le pied qui tape dans un ballon) et les actions de soutien (par exemple se tenir debout sur un pied)15,21 et (b) une focalisation excessive sur la manualité de l’être humain22, au détriment des autres parties du corps23,24. D’où la nécessité d’un test exhaustif utile conçu pour évaluer la latéralité du corps dans son ensemble ainsi que la polyvalence et la complexité de ses actions motrices.

La polyvalence des mouvements complexes dans les sports individuels et collectifs nécessite l’intégration de multiples compétences directement liées à l’anticipation motrice25,26. De manière complémentaire, l’asymétrie latérale dans la performance sportive est due à une plus grande utilisation du membre dominant, en particulier pour les actions motrices complexes comme le tir, et est largement déterminée par l’utilisation, l’habitude et l’acquisition de la technique du mouvement12.

 

Retrouvez l’article complet et bien d’autres dans notre numéro 33