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Facteurs potentiels associés à la douleur aux genoux chez les cyclistes : revue de littérature

 

INTRODUCTION

Le cyclisme est un mode de locomotion attrayant et l’adhésion à ce sport a augmenté progressivement au fil des ans. En raison de la popularité du cyclisme et de l’augmentation du temps de pédalage, les blessures sont très fréquentes dans ce sport. Bien que l’incidence des blessures traumatiques soit élevée chez les cyclistes,1,2 les blessures de surmenage sont plus difficiles à anticiper en raison de leur nature multifactorielle. L’articulation du genou est l’une des parties du corps les plus touchées par les blessures de surmenage1-4. Plusieurs études épidémiologiques ont montré que les douleurs ou les blessures au genou varient entre 15% et 30% chez les cyclistes qui pédalent pendant de longues périodes4-7. Bakkes et coll. ont présenté une étude en 1993 dans laquelle 902 cyclistes ont été interrogés à la fin de la course Burger-Sanlam (Afrique du Sud) de 100/50 km pour identifier les blessures survenues l’année précédente7. Ils ont constaté que 61% des cyclistes ne s’étaient pas blessés au cours de l’année précédente, tandis que 29% ont déclaré souffrir de douleurs au genou7, ce qui suggère que l’activité cycliste de longue durée pourrait avoir déclenché leurs douleurs au genou. Dannenberg et coll., dans une étude prospective portant sur 1638 cyclistes de loisir ayant participé à la tournée Cycle Across Maryland, ont observé 76 blessures de surmenage, l’articulation du genou étant la partie du corps la plus touchée par la douleur8. Les auteurs soulignent que l’inexpérience et le manque de conditionnement préalable à la compétition étaient des facteurs de risque de blessures par surmenage8. Althunyan et coll. ont montré que la prévalence de la douleur au genou était de 27,6% chez les cyclistes amateurs et de 15,9% chez les cyclistes professionnels, et ils ont suggéré que le type de vélo pouvait être un facteur important de la douleur au genou4. À noter que des auteurs vont même à présenter que la prévalence des blessures non traumatiques à vélo peut atteindre 85%10.

Différents types d’études ont été menées pour évaluer les raisons possibles des douleurs et des blessures dues au cyclisme. Par exemple, l’association avec d’autres activités sportives comme la course à pied, le mauvais alignement sur le vélo, l’inexpérience ou le manque de conditionnement avant la course, et les longues distances parcourues sont parmi les déclencheurs suggérés de douleurs au genou4,7-9. Plusieurs auteurs ont discuté de certains mécanismes possibles pour les blessures non traumatiques et d’un plan de prévention. Par exemple, pour l’inflammation fémoro-patellaire, la selle pourrait être trop basse et/ou trop avancée et la plupart des auteurs ont encouragé à suivre des ajustements préventifs, comme un ajustement correct de la selle, l’utilisation d’orthèses, l’ajustement des cales et la réduction du rapport de puissance (surtout en début de saison), entre autres1,2,11. En d’autres termes, l’ajustement du vélo, le changement récent d’équipement, la distance et l’intensité de l’entraînement, ainsi que les facteurs anatomiques individuels sont des éléments d’évaluation importants11. Seules quelques-unes de ces stratégies ont été testées expérimentalement et la plupart des recommandations préconisées manquent de preuves solides qui pourraient être importantes dans la prévention des blessures.

Sabeti-Aschraf et coll. ont étudié 169 vététistes de compétition et ont établi une corrélation entre l’apparition de blessures et la configuration de leur vélo. Ils ont constaté que 87 d’entre eux avaient subi des blessures de surmenage après une course (Trophée Babenberger) et ont observé une corrélation significative entre une distance selle-pédale inadéquate et des douleurs au genou. Ils ont conclu que les réglages de la bicyclette ont un impact direct sur l’incidence des blessures de surmenage chez le cycliste de compétition en VTT12. À l’inverse, Dahlquist et coll. ont déclaré dans leur étude que la flexibilité, la force et les mesures d’ajustement du vélo ne permettaient pas de prédire les blessures et ont conclu que le risque de blessure et les stratégies de prévention nécessitent des études supplémentaires13. Au moins 20 articles de synthèse ont été publiés pour suggérer comment prévenir et traiter les douleurs et les blessures du genou, malgré le manque de preuves à l’appui des pratiques actuellement préconisées. Dans cette optique, les déterminants des blessures de surmenage et de la douleur chez les cyclistes qui sont soutenus par des preuves restent flous.

Notre article vise à évaluer les facteurs potentiels associés aux douleurs et/ou blessures liées à la surutilisation du genou chez les cyclistes en réalisant une analyse des preuves les plus récentes. La recherche visait à évaluer tout mécanisme potentiel lié aux douleurs ou aux blessures du genou qui pourrait être utilisé dans la pratique clinique. Les résultats de cette recherche pourraient alors fournir un support au Personal Trainer (PT) pour l’évaluation des résultats clés qui pourraient être compris lors de l’analyse clinique des cyclistes et/ou de l’adaptation des vélos de ses clients/athlètes. Chaque PT pourra donc donner des conseils et discuter en toute connaissance de cause à ce sujet.

 

RÉSULTATS

Parmi les résultats, les auteurs ont fait état de la cinématique (par exemple, l’angle de flexion du genou), de la cinétique (par exemple, les moments de l’articulation du genou), de l’activation musculaire (par exemple, l’électromyographie de surface) et du confort perçu recueillis lors d’essais de vélo stationnaire et d’autres acquis à partir de diverses tâches (par exemple, la dynamométrie isocinétique)14-19.

Dans l’ensemble, les études ont montré que les cyclistes souffrant de douleurs au genou présentaient une plus grande adduction du genou et une plus grande dorsiflexion de la cheville15 et des différences dans l’activation des muscles ischio-jambiers et quadriceps20. Des résultats peu clairs ont été observés pour les moments du genou21 et aucune différence n’a été observée pour l’angle de flexion du genou, les forces tibio-fémorales et patella-fémorales22. Il est important de préciser que différents types de douleurs au genou ont été mélangés dans la plupart des études, dont 2 se concentrant sur les douleurs liées à l’antérieur du genou15,20

Dans une étude en Arabie saoudite, la prévalence la plus élevée de douleurs au genou (50%) a été observée chez les coureurs sur route, mais la plus faible chez les cyclistes de loisirs (16,7%), ce qui suggère que le volume et l’intensité de l’entraînement sont des facteurs de risque importants pour les douleurs au genou. Cependant, il n’y avait pas de différences dans le nombre moyen d’heures de vélo par semaine, les kilomètres parcourus par semaine, le nombre d’heures de vélo par semaine ou les jours de repos par semaine, ce qui signifie que l’entraînement à haute intensité était un facteur clé4. Il existe une corrélation positive entre le nombre d’heures de vélo par semaine et les jours de repos par semaine et le nombre de blessures30. Dans le cas de cette étude, concernant les cas de blessures de surmenage, le manque de jours de repos adéquats était un facteur contributif important. À noter que seule une petite partie du temps d’entraînement était consacrée au développement de la souplesse et de la stabilité du tronc30.

 

ANALYSE

Certaines différences ont été observées en comparant les cyclistes avec et sans douleur au genou. Les cyclistes souffrant de douleurs au genou présentaient une projection médiale du membre inférieur pendant la phase de puissance du cyclisme (des positions 12 à 6 heures de la manivelle) associée à une dorsiflexion accrue de la cheville15. Bien qu’une projection médiale plus importante du fémur par rapport à la rotule puisse entraîner une réduction de la surface de contact de l’articulation fémoro-patellaire23, il pourrait s’agir d’une adaptation à une blessure en raison de la nature rétrospective des résultats de Bailey et coll.15. Le décalage retardé du vaste latéral et le décalage précoce du vaste médial observés par Dieter et coll.20 chez les cyclistes souffrant de douleurs au genou pourraient également être une conséquence de la projection médiale du fémur. Aucune donnée n’a été trouvée sur cette question lorsque des cyclistes non blessés ont appliqué une projection médiale de leurs genoux. Aucune preuve sur le contrôle des adducteurs et/ou des abducteurs de la hanche n’a été démontrée, ce qui pourrait aider à déterminer la raison d’être de la projection médiale du fémur. Chez les coureurs, une activation retardée des muscles abducteurs de la hanche a été associée à des douleurs au genou24, ce qui fournit un lien potentiel entre une activation retardée des abducteurs de la hanche et la projection médiale du genou. En d’autres termes, des différences de contrôle neuromusculaire des muscles fessiers semblent exister chez les femmes souffrant de douleurs fémoro-patellaires pendant la course. Des interventions visant à faciliter une activation plus précoce de ces muscles peuvent être justifiées chez les femmes souffrant de douleurs fémoro-patellaires qui présentent une cinématique de course altérée24.

Un autre scénario impliquerait une activation différentielle des adducteurs de la hanche (par exemple, le grand adducteur) et des rotateurs externes de la hanche (par exemple, le grand fessier). Cette activation différentielle, en faveur des adducteurs de la hanche, pourrait conduire à une projection médiale accrue du genou. Bini et coll.25 ont observé qu’une adduction forcée de la hanche (couramment observée dans les courses contre la montre et sur piste) entraîne une activation accrue des adducteurs de la hanche et des forces plus importantes appliquées aux pédales26. Les résultats d’une étude indiquent que les cyclistes étaient capables de générer une force résultante plus élevée pendant le pédalage avec les genoux proches du cadre du vélo, mais qu’ils étaient incapables de transmettre efficacement cette force au mouvement26.

Il est intéressant de noter qu’Ericson et coll.27 ont observé qu’une projection médiale forcée des genoux entraîne également une force de cisaillement latérale accrue au niveau de l’articulation du genou, ce qui pourrait déclencher des blessures du genou. Cependant, aucune preuve n’a été apportée sur ce lien. Bien que le lien entre l’activation différentielle des muscles de la hanche fasse défaut, les cliniciens pourraient évaluer les amplitudes de mouvement et la mobilité de l’articulation de la hanche des cyclistes afin de déterminer si des changements dans la force musculaire et la mobilité pourraient déclencher la projection médiale excessive des genoux.

Même si une basse hauteur de selle a été précédemment liée à une augmentation des charges sur le genou (ce qui pourrait déclencher des douleurs et des blessures au genou), les cyclistes souffrant de douleurs liées à la surutilisation ne présentaient pas de hauteur de selle plus faible ou de forces fémoro-patellaires plus importantes que les cyclistes non blessés17. Ce résultat est en contradiction avec la théorie selon laquelle une diminution de la hauteur de la selle entraînerait une force de compression plus importante au niveau de l’articulation fémoro-patellaire1,2,11. Les données de Bini et Hume sont également de nature rétrospective, ce qui suggère que les cyclistes souffrant de douleurs au genou ont peut-être demandé des conseils en matière d’adaptation du vélo ou que la hauteur de la selle a une influence limitée sur la pression fémoro-patellaire17. La pression entre la rotule et le fémur est dictée par les forces musculaires (qui augmentent lorsque la hauteur de la selle est basse) et par les surfaces de contact entre les cartilages (qui augmentent également lorsque la flexion du genou est plus importante, c’est-à-dire lorsque la hauteur de la selle est basse)28. Il semble y avoir un plateau dans la pression fémoro-patellaire lorsque la hauteur de la selle est proche de 100%±4% de la hauteur trochantérienne par rapport au sol17. Wheeler et coll.16 n’ont pas observé de différences constantes dans les moments de rotation interne/externe au niveau de l’articulation tibio-fémorale, ce qui était initialement prédit pour augmenter la contrainte dans les tissus mous de l’articulation du genou (par exemple, le ménisque)…

 

Retrouvez l’article complet et bien d’autres dans notre numéro 35