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Statut en vitamine B12 et taux optimal pour la formation d’hémoglobine chez les athlètes

 

INTRODUCTION – PRÉSENTATION DE LA VITAMINE

La vitamine B12 (cobalamine) est un nom général de plusieurs composés corrinoïdes contenant du cobalt, qui sont essentiels au bon métabolisme et au bon fonctionnement de tous les organes et systèmes des animaux. Dans le corps humain, seules deux formes sont biologiquement actives, l’adénosylcobalamine et la méthylcobalamine, fonctionnant comme coenzymes dans les processus de réarrangements induits par les radicaux et de méthylation, respectivement. L’adénosylcobalamine est un cofacteur de la méthylmalonyl-CoA mutase mitochondriale et elle est essentielle au métabolisme des acides gras et des acides aminés. La méthylcobalamine est un cofacteur de la méthionine synthase cytosolique qui catalyse la conversion de l’homocystéine en méthionine. La méthionine est ensuite convertie en S-adénosylméthionine, un donneur universel de groupe méthyle pour les réactions de méthylation dans tout l’organisme, y compris la méthylation de l’ADN, de l’ARN et des protéines.1-3

La cobalamine est une vitamine unique produite exclusivement par des bactéries. Elle entre dans la chaîne alimentaire animale par l’intermédiaire des herbivores, qui accumulent la cobalamine pendant la fermentation intestinale de l’herbe (effectuée par certaines bactéries productrices de cobalamine)1.

Malgré la popularité de la vitamine B12 dans le sport, les études sur son statut et son influence sur les performances des athlètes sont étonnamment limitées et peu concluantes19,20. En d’autres termes, les bénéfices potentiellement apportés par les vitamines B sur les performances sportives ne sont pas significatifs. À notre connaissance, il n’existe que peu d’étude sur la relation entre le statut en vitamine B12 et les paramètres des globules rouges chez les athlètes. 

L’objectif de cet article sera de passer en revue la littérature concernant l’implication de la vitamine B12 sur l’hémoglobine et donc de faire ressortir des effets positifs ou négatifs de cette vitamine sur les marqueurs de performances sportives.

 

ACTIONS PHYSIOLOGIQUES

La principale action physiologique de la vitamine B12, pertinente pour les sportifs, comprend son implication dans la formation des globules rouges dans la moelle osseuse3. D’autres actions potentiellement bénéfiques de la vitamine B12 sont le maintien d’une fonction immunitaire correcte, l’amélioration de la transmission des signaux neuronaux et la synthèse des neurotransmetteurs et de la créatine4-7. Les athlètes et les entraîneurs pensent que l’amélioration des paramètres des globules rouges est souhaitable pour une performance optimale, c’est pourquoi la concentration d’hémoglobine est leur biomarqueur phare. Ainsi, la B12 est un supplément couramment utilisé dans de nombreuses branches du sport et de nombreux athlètes et entraîneurs insistent fortement sur l’administration injustifiée de vitamine B128-12.

 

DIAGNOSTIC

La concentration totale de vitamine B12 sérique ou plasmatique est couramment utilisée comme biomarqueur de première intention de la carence, bien qu’elle manque de sensibilité et de spécificité. Il n’y a pas de consensus sur le seuil inférieur de la vitamine B12 dans le sang, qui varie de 135-406 pg/ml (100 à 350 pmol/L), et une carence peut survenir même lorsque la vitamine B12 sérique totale se situe dans la fourchette normale12,13. On notera que dans la pratique médicale, la carence est définie par un taux de vitamine B12 inférieur à 200 pg/ml (150 pmol/L), avec une zone floue entre 200 et 300 pg/ml (150-220 pmol/L)14.

 

PRÉVALENCE DE CARENCE

Dans une population typique de jeunes adultes, la carence en vitamine B12 est présente dans environ 6%15, et ce chiffre dépend largement de la région et de la race (il est plus élevé en Asie et en Afrique), mais pas du sexe16. Dans de grandes enquêtes menées aux États-Unis et au Royaume-Uni, environ 6 % des personnes âgées de >ou= à 60 ans présentent une carence en vitamine B12 (vitamine B12 plasmatique <148 pmol/L), la prévalence de la carence augmentant avec l’âge. Plus près de 20% ont un statut marginal (vitamine B12 plasmatique : 148-221 pmol/L) à un âge avancé15. Les cas de carence augmentent également avec l’âge, ainsi que chez les végétaliens17,18. Certains des facteurs de risque susmentionnés peuvent également se produire chez les sportifs.

 

DONNÉES SCIENTIFIQUES

Dans une étude de 2004 sur les effets des vitamines et minéraux sur les performances physiques, les carences marginales aiguës ou à court terme, identifiées par des mesures biochimiques sanguines du statut en vitamine B, n’ont eu aucun impact sur les mesures de performance. Les carences sévères en folate (B9) et en vitamine B12 entraînent une anémie et réduisent la performance du travail d’endurance19.

Le but d’une étude était d’identifier s’il existe une relation entre la concentration de vitamine B12 dans le sérum et les paramètres des globules rouges et, si c’est le cas, de tenter d’établir la gamme de référence de la vitamine B12 pour les athlètes qui fournit la formation optimale d’hémoglobine21. Les auteurs ont établi un résumé de leur étude comme suit21 :

Contexte : Les athlètes et les entraîneurs croient en l’effet ergogénique de la vitamine B12 (qui résulte d’une érythropoïèse accrue) et ils insistent souvent sur sa supplémentation injustifiée. Cette étude visait donc à évaluer le statut en vitamine B12 des athlètes d’élite polonais et son influence sur les paramètres des globules rouges.

Méthodes : Au total, 1’131 échantillons de sang ont été collectés pendant six ans auprès de 243 athlètes d’athlétisme répartis en groupes de force et d’endurance, ainsi qu’en fonction de l’utilisation déclarée d’injections de vitamine B12.

Résultats : La concentration moyenne de vitamine B12 chez tous les sujets était de 739 ± 13 pg/ml, sans aucun cas de carence. Une relation faible, mais significative a été trouvée entre la vitamine B12 et les concentrations d’hémoglobine. Une augmentation significative de l’hémoglobine est apparue à partir d’une très faible concentration de vitamine B12 et jusqu’à environ 400 pg/ml, tandis que l’hémoglobine n’a pas changé de manière significative à partir de 700 pg/ml. Les injections de vitamine B12 ont été utilisées par 34% des athlètes, significativement plus souvent par les athlètes d’endurance que par les athlètes de force. Chez les athlètes qui ont déclaré ne pas utiliser d’injections, une concentration plus élevée de vitamine B12 a été observée dans le groupe d’endurance.

Conclusion : Le principal résultat de cette étude est la détermination de la fourchette de concentration en vitamine B12 qui peut favoriser une meilleure synthèse de l’hémoglobine chez les athlètes. Ils devraient surveiller régulièrement la concentration de vitamine B12 et maintenir la fourchette de 400-700 pg/ml, car cela peut améliorer les paramètres des globules rouges. Les auteurs suggèrent l’application d’une supplémentation si nécessaire. Une attention particulière est requise chez les athlètes dont la concentration en vitamine B12 est inférieure à 400 pg/ml.

L’absence de cas de carence parmi les participants à cette étude pourrait résulter des programmes d’éducation et de suivi nutritionnels mis en place chez les athlètes d’élite. Le second problème est l’utilisation courante de compléments sportifs, dont la majorité contient de la vitamine B12…

 

Retrouvez l’article complet et bien d’autres dans notre numéro 36